Outil

La dernière diapositive

Un QR code, une fiche contact, et des statistiques que personne d'autre ne voit : pourquoi j'ai construit qr4prez.

Le logo de qr4prez : une tablette gainée de cuir, gravée à l'ancienne, affichant un grand QR code.

La conférence se termine. Quelques personnes s'approchent de l'estrade, téléphone à la main. On échange des politesses, puis vient le moment délicat : épeler une adresse email dans le brouhaha, chercher un profil LinkedIn parmi douze homonymes, tendre une carte de visite qui finira au fond d'une poche de veste. J'ai vécu cette scène à chaque exposé pendant des années.

qr4prez est né de cette scène. C'est un petit outil web : on remplit un formulaire une fois, on obtient un QR code à poser sur sa dernière diapositive. Le public le scanne avec l'appareil photo du téléphone et la fiche contact s'ajoute directement dans le carnet d'adresses, avec la photo, le titre et les liens. En prime, une page privée compte les scans : combien, quand, depuis quelle ville.

L'outil vit à deraison.ai/qr4prez. Il est gratuit, bilingue, sans compte à créer.


Motivation

La carte de visite papier a deux défauts. Le premier est connu : elle se perd. Le second m'agaçait davantage : elle ne raconte rien. Une fois distribuée, impossible de savoir si elle a servi, si quelqu'un l'a retrouvée trois semaines plus tard, si elle a survécu au lavage de la veste.

La solution numérique existe depuis longtemps : la vCard, un fichier texte normalisé que tous les téléphones savent lire. Il contient le nom, le téléphone, l'email, l'employeur, jusqu'à la photo. Le QR code fait le pont : une image que l'appareil photo transforme en lien, et ce lien ouvre la vCard. Rien de neuf dans chacune des deux briques ; ce qui manquait, c'était un assemblage qui me convienne.

Je voulais trois choses. Un geste unique pour le public : pas d'application à installer, pas de formulaire à remplir de son côté, juste l'appareil photo. Un retour d'information pour moi : savoir si cette dernière diapositive sert réellement. Enfin, la maîtrise des données : tout est hébergé sur mon serveur, sans service tiers qui collectionne les contacts de mon public, sans cookie, sans traceur.


Comment ça marche

Tout commence par un formulaire : nom, fonction, email, téléphone, une photo carrée. Pour rendre l'attente moins administrative, les champs vides suggèrent chaque fois une personnalité différente : Marie Curie, Grace Hopper, Nina Simone, Alan Turing… Ces suggestions restent des exemples grisés ; elles ne sont jamais soumises à votre place.

Capture d'écran du formulaire qr4prez : champs d'identité, photo carrée et suggestion du jour.

Le formulaire : cinq champs obligatoires, une photo carrée, et une suggestion de personnalité pour donner l'exemple.

La photo m'a offert la leçon d'humilité du projet. Certaines versions d'iOS suppriment silencieusement la photo entière d'une vCard quand le JPEG contient un commentaire technique ajouté par la bibliothèque d'images du serveur. Aucun message d'erreur : le contact arrive, sans visage. La photo est donc décodée, redimensionnée en 400 × 400, réencodée proprement, puis le commentaire fautif est retiré octet par octet du fichier final. Personne ne verra jamais ce travail, et c'est exactement le but.

Chaque fiche reçoit ensuite une adresse impossible à deviner. L'idée repose sur une fonction de hachage, une moulinette mathématique qui transforme n'importe quel texte en une empreinte de taille fixe, imprévisible au point que changer une lettre du texte bouleverse toute l'empreinte. qr4prez hache le prénom, le nom et l'instant de la soumission avec SHA-256, puis garde les 16 premiers caractères hexadécimaux de l'empreinte, soit 64 bits. Le nombre d'adresses possibles s'écrit :

$$2^{64} \;\approx\; 1{,}8 \times 10^{19}$$

Dix-huit milliards de milliards. Le risque à surveiller porte un joli nom, le paradoxe des anniversaires : dans un groupe, deux personnes partagent un anniversaire bien plus souvent qu'on ne l'imagine, et de même deux fiches pourraient recevoir la même adresse. La probabilité qu'une collision survienne parmi \(n\) fiches est majorée par :

$$\Pr[\text{collision}] \;\le\; \frac{n(n-1)}{2} \cdot \frac{1}{2^{64}}$$

Avec un million de fiches, cela donne environ \(2{,}7 \times 10^{-8}\) : trois chances sur cent millions. L'adresse ne contient par ailleurs aucune information personnelle : ni nom ni date n'y figurent en clair, seule l'empreinte y survit.

Côté public, le geste reste minimal. Le téléphone scanne le QR, ouvre l'adresse de la fiche, le serveur sert la vCard puis note le passage : pays, ville approximative (une géolocalisation par adresse IP, précise au centre-ville près, jamais un GPS), type d'appareil, système. La page de statistiques, accessible au seul propriétaire de la fiche, affiche une carte mondiale des scans, quatre compteurs et le détail de chaque passage.

Un QR code réel et fonctionnel qui pointe vers deraison.ai/qr4prez.

Celui-ci fonctionne : scannez-le et vous arrivez sur qr4prez.

Deux détails de sobriété me tiennent à cœur. Les scans survenant dans la minute qui suit la création sont ignorés : c'est vous qui vérifiez votre propre QR, pas un contact. Et les adresses IPv6 sont tronquées à l'affichage, parce qu'une page de statistiques n'a pas besoin d'exposer une adresse complète pour raconter qu'un scan est venu de Lyon.


Conclusion

Mes exposés se terminent désormais par un QR code. La file de fin de conférence existe toujours, heureusement : on y parle du fond, des objections, des idées. L'échange de coordonnées, lui, prend deux secondes et n'écorche plus aucune adresse email.

Si vous donnez des conférences, des cours ou des soutenances, essayez : deraison.ai/qr4prez. Remplissez le formulaire une fois, posez le QR sur votre dernière diapositive, et regardez, après coup, les scans dessiner la carte de votre audience.